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Orgasme masculin : comment ça marche ?

Summum du plaisir chez l'homme

Summum du plaisir chez l’homme, survenant lors de l’éjaculation, l’orgasme masculinserait bien moins compliqué et difficile à déclencher que celui de la femme. Après des décennies d’études et de publications, les méandres du plaisir féminin semblent n’avoir plus de secret pour personne. Mais la question de l’orgasme masculin demeure, enfouie sous des couches de clichés mécaniques. Enquête sur ce nouveau “continent noir”.

Au début, le mot « orgasme » les laisse perplexes. Victimes eux-mêmes du vieux cliché phallocrate, nombre d’hommes voient dans « l’orgasme » un concept féminin. Un truc vertigineux, mystérieux, infiniment subtil, réservé au deuxième sexe… Cela dit, pour peu que l’on insiste et qu’ils creusent dans leurs sensations, oui, bien sûr, ils peuvent parler d’orgasme. Ils ont même un vrai plaisir à chercher le mot juste pour décrire au mieux leur ressenti plus intime. Et l’enquête sur le terrain se révèle troublante.

« Perte de contrôle », « de conscience », « de connaissance »… Quand on leur demande de but en blanc « Mais vous ressentez quoi, vous, au moment de l’orgasme ? », leurs images valsent autour de l’oubli de soi, la dépossession, l’évanouissement. Certes, tous évoquent le débordement physiologique : « décharge électrique », « explosion violente », « frisson intérieur de bas en haut »… Mais la sensation, qui part bien du pénis, comme on l’imagine, court le long de la colonne vertébrale et irradie dans l’être entier, expliquent-ils. Comme un shoot puissant qui, en quelques dixièmes de secondes, percute le cerveau, l’esprit, l’âme. Et la conscience chavire.

« Tout mon corps se tend, se crispe, j’ai l’impression qu’une partie de moi s’en va, comme aspirée », décrit Sébastien, 37 ans. Pour Rémi, 51 ans, « c’est un flash, une lumière or, comme « or »gasme. Je suis soudain en totale fusion avec l’autre : je ne suis plus seulement en elle, je suis elle. Et paradoxalement, je me sens très seul ». « Ça peut aller du très agréable à la sensation océanique, résume Christophe, 39 ans, on sort des limites du corps, on se dissout dans l’espace. » Loin, bien loin de la vision simpliste de l’homme machine, dont le sexe, visible, n’aurait guère de secrets, et dont le plaisir, tout aussi évident, serait quasi garanti. 

Jouir en conscience

Mais, non, éjaculer n’est pas jouir, éradiquons ce cliché ! « Si certain(e)s pensent que lorsqu’un homme a éjaculé il a eu son compte, c’est un gros malentendu, confirme le journaliste Pierre Des Esseintes, auteur de Faire l’amour à un homme (First éditions). Les deux phénomènes se suivent de quelques dixièmes de secondes mais sont bien distincts. L’orgasme est avant tout psychologique. Il peut être plus ou moins intense, selon que l’on est plus ou moins disponible. Et ne s’atteint pas “à tous les coups”. »

« C’est un débordement d’émotions, pas juste un flot de sperme », renchérit Patrice, 45 ans. Les experts le confirment. « L’organe sexuel commun aux hommes et aux femmes, c’est le cerveau, résume le psychanalyste et sexothérapeute Alain Héril. Pour les deux, la dimension psychologique est prépondérante dans la jouissance. L’éjaculation peut être un phénomène mécanique, l’orgasme, non. Pour un éjaculateur précoce, par exemple, il y a juste une légère crispation, pas de plaisir. Son éjaculation lui échappe. Pour un orgasme de qualité, il faut être totalement présent à son éjaculation, la vivre en conscience. »

Il y a même ceux qui affirment, comme dans la tradition taoïste, pouvoir jouir – plus fort – sans éjaculer. Simple question de concentration. En fait, pas plus chez l’homme que chez la femme, l’orgasme n’est univoque. Pour Raphaël, 53 ans, « cela peut aller du degré zéro, le geste hygiénique, l’assouvissement, jusqu’à la déflagration, à la limite de la douleur. Tout dépend de ce que l’on investit de soi. La sexualité, c’est un peu l’auberge espagnole. Si on lui accorde beaucoup d’importance, ça va en avoir. Sinon, on reste au seuil ».

Au-delà du phallus

Aujourd’hui encore les hommes sont formatés, plus ou moins consciemment, à aller vite et à réussir. Même sexuellement. Ne pas s’attarder. Et ils sont nombreux, du coup, à rester « au seuil » de leurs sensations, enfermés dans cette description simpliste d’eux-mêmes, comme le constate Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste, témoin, dans son cabinet, de leurs insatisfactions et de leur désarroi. « La chance des femmes, souligne-t-elle, c’est d’être si “mystérieuses et compliquées” – pour elles-mêmes d’abord – qu’il leur est donné l’opportunité de fouiller le sujet qui est le leur, de s’explorer. Ce qui offre beaucoup plus de latitude à leur plaisir et à l’expression de leur désir. Alors que les hommes se laissent volontiers éblouir par leur connaissance rapide d’eux-mêmes. Certains s’arrêtent à leur première expérience, et n’ont de jouissance que de type masturbatoire, même avec leurs partenaires, qui d’ailleurs leur reprochent de les utiliser comme des objets, de ne pas les écouter. Mais c’est d’abord eux qu’ils n’écoutent pas. Ils sont dans une méconnaissance totale de l’étendue de leurs possibles. »

Aux femmes, donc, de les inviter sur leur terrain. De leur ouvrir la voie. Non, leur territoire érogène ne se limite pas au sacro-saint phallus ! Eux aussi ont des seins, des cuisses, un périnée – même extraordinairement innervé, affirment les spécialistes –, un point G, du côté de la prostate, où se concentrent bien des tabous, mais qui, à les entendre, leur procure des sensations incroyables, et des orgasmes d’une intensité inouïe… Eux aussi ont des fantasmes, des gestes ou des mots qui les bloquent, d’autres qui les transportent. Eux aussi méritent d’être explorés dans le moindre recoin, sensoriel et émotionnel. « On peut être force de proposition sans être dominatrice ou masculine, précise Catherine Blanc, donner à un homme les moyens de se découvrir, d’amplifier ses sensations. Tranquille dans sa féminité, l’accueillir dans l’étendue de sa virilité. »

À eux de ne pas se contenter de « prendre », mais d’oser se laisser (sur)prendre. L’abandon, contrairement à ce que croient beaucoup d’hommes, ne précipite pas l’éjaculation, assure la sexologue : « Certains confondent érection et musculation. En fait, plus ils contrôlent, plus ils éjaculent vite. Ils vont où ils ne veulent pas aller. Ils restent dans le plaisir de la tension, très différent de l’envahissement de la chair qui exulte. »

Contrôler ou lâcher prise ?

Pas d’extase sans abandon. Même quand on est homme, il faut larguer les amarres pour laisser monter en soi le flot du plaisir mêlé de l’émotion que cela provoque. Se laisser submerger. Mais là où les choses se compliquent pour eux, c’est que dans le même temps il faut être under control. Un entre-deux délicat qui fait l’originalité (et la difficulté) de l’orgasme masculin. « Toute l’éducation sexuelle de l’homme consiste à apprendre à contrôler, à se retenir, indique Alain Héril. Pour se mettre au diapason de sa partenaire, et aussi pour obtenir, de son côté, plus qu’une éjaculation automatique. Mais ce qui est très complexe, c’est que pour maintenir l’érection il faut un état de détente. »

On ne naît pas homme, on le devient. De la première éjaculation réflexe, qui les surprend un beau jour, à la jouissance accomplie de l’homme qui connaît ses possibles ainsi que ceux de l’autre, il y a tout un monde. « Au début, on est comme un arbre qui déborde de sève, toujours prêt à jouir, rapidement, sans la moindre aspérité, confie Rémi. Ça manque de panache. Puis on apprend à attendre, et à aimer ça. On transpire, on s’explore, on se dit des choses crues et jolies… L’orgasme devient alors lyrique. »

C’est là qu’on touche au mystère. Car même les plus épanouis et ouverts le soulignent : c’est rare, un grand orgasme, on s’en souvient. À quoi est-ce que ça tient ? Quel en est le déclencheur ? Voilà la « formidable énigme », celle que célèbre Hélène Fillières dans son film Une histoire d’amour. Son personnage central, qui ne peut jouir que dans la douleur, incarne, dans sa déviance, « la métaphore du mystère masculin », expliquait- elle à sa sortie, en 2013. À propos du second rôle masculin, elle notait : « Sa jouissance silencieuse, voire passive n’est pas moins inquiétante et déroutante. » Quant au troisième, « sa jouissance, tout en retenue, elle aussi pose question ». Bel hommage à la complexité masculine, et aux mystères du désir. Car c’est là le maître mot, le principe insondable sur lequel tout repose. « L’orgasme masculin est déterminé par le désir, confirme Alain Héril. En tant que thérapeute, les difficultés sexuelles auxquelles je suis confronté sont pour 95 % d’origine psychologique. Rien ne remplace le désir : ni le Viagra ni le Cialis. »

Chacun son imaginaire

« Qu’est-ce qui fait passer de l’ordinaire à l’exceptionnel ? interroge Raphaël. C’est une histoire de moment, de contexte. Même avec la même partenaire. Il m’arrive d’être “transporté”, jusqu’à être incapable, après, de marcher dans la rue sans me cogner partout. Ce qui me rend fou, c’est l’état d’esprit que je ressens chez l’autre, son état d’abandon. L’audace, aussi, qui peut tenir dans un simple regard… L’intrusion de cette autre, que j’accepte, puis la possession finale, celle du lion qui pose la patte sur sa proie. Mais ne la tue pas ; pour moi, la condition sine qua non de l’abandon, c’est la bienveillance. » Chacun son imaginaire érotique. Mais il faut bien conclure. Alors, laissons la parole au poète, comme l’un de nos témoins qui, pour décrire son extase, n’a pas trouvé mieux que les mots de Jacques Brel : « Remplir d’étoiles un corps qui tremble, et tomber mort, brûlé d’amour, le cœur en cendres. »

Eux aussi sont « frigides » !

Il y a des éjaculations tristes, tous les hommes l’affirment. Certains même ne connaissent que ça. Il ne s’agit pas d’impuissance, les signes extérieurs de jouissance sont là. Juste d’anorgasmie : c’est l’intensité qui n’y est pas. Plus ils la cherchent, moins ils l’éprouvent. Et finalement le sexe, pour eux, est vécu comme un manque. « Oui, on peut parler d’hommes “frigides”, consent le médecin et sexologue Yves Ferroul. Ils ont peu de plaisir, pas vraiment d’orgasme. Les blocages sont divers. Qu’ils aient peur de se perdre ou qu’ils n’aient pas réussi à passer du plaisir solitaire de l’adolescence au plaisir partagé, le résultat est le même : impossible de se laisser aller. La capacité d’abandon ne va pas de soi. »

Eux aussi simulent !

Assez souvent même, confient certains hommes. Qu’ils aient une éjaculation sans grand plaisir et en rajoutent ; ou qu’ils n’aient pas d’éjaculation du tout et noient le mensonge dans le plaisir de l’autre. Quand ? « Quand tu n’es pas où il faut, avec qui il faut, et que tu n’as pas envie de t’expliquer », confesse Stéphane. « Tout simplement quand tu n’es pas dans le plaisir, que tu as l’esprit ailleurs et l’envie d’en finir », répond Patrice. « Avec une insatiable dont j’étais très amoureux, se souvient Rémi. Elle en voulait toujours plus. Quand je n’en pouvais plus, je faisais semblant. Elle n’y voyait que du feu ! » Comment ? « Tu accélères ta respiration, tu feins des spasmes, des contractions, tu bloques tout… Bref, tu fais comme si. Si possible au moment où elle est prise dans sa propre jouissance », conseille Patrice. Pourquoi ? « Par courtoisie », résume Raphaël. « Parce que tu n’as pas envie de décevoir ta partenaire, précise Christophe, tu veux lui faire plaisir. » Les hommes sont des femmes comme les autres, quoi.

 

Article de Marie Cauro chez Psychologies.

 

venicia.guinot@tropics-magazine.com

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