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Syndrome Aérotoxique : Un pilote porte plainte

L’air des cabines toxique ?

Syndrome Aérotoxique : Un pilote porte plainte

Un pilote a décidé de porter plainte contre sa compagnie aérienne. Il s’estime victime d’une exposition aux agents chimiques en cabine, phénomène encore difficile à établir.

L’air des cabines d’avion est-il toxique ? Dans le milieu, la question se pose très sérieusement et depuis des années. Elle revient aujourd’hui sur le devant de la scène, alors qu’un commandant de bord d’EasyJet a annoncé sa volonté de porter plainte contre X « pour atteintes involontaires à l’intégrité physique, mise en danger de la vie d’autrui et tromperie sur la qualité de l’air ».

Les faits sont relatés par le Journal du Dimanche. L’homme, âgé de 53 ans, souffre de troubles divers (nausées, gastro-­entérites, fatigue, hyperventilation …) qu’il attribue à une exposition aux substances toxiques contenues dans le système de ventilation des avions.

Odeur de « chaussettes humides »

En effet, pour permettre aux passagers de respirer à l’altitude de croisière, de l’air chaud est envoyé en cabine par le biais des moteurs à réaction. Or, l’huile des moteurs contient des organophosphorés, comme le phosphate de tricrésyle (TCP), un puissant neurotoxique. En cas de fuites, l’huile chauffée libère une fumée potentiellement toxique. Ce phénomène, connu sous le nom « d’incident fumée », exige un atterrissage rapide.

En France, mais aussi en Angleterre ou en Allemagne, des membres du personnel naviguant se plaignent de la récurrence de ces incidents, qui ne génèrent pas toujours de fumée et peuvent ainsi passer inaperçus.
Sur son site, le SNPNC (Syndicat National du Personnel Naviguant Commercial) explique que le phénomène peut se manifester sous la forme d’une odeur de « chaussettes humides », de « chien mouillé », de « vomi », qui reste toutefois invisible.

« Sur certains types d’aéronefs, les équipages rapportent qu’ils ressentent les fumées dans une certaine mesure sur chaque vol et que la définition d’« incident fumée » n’est pas adaptée, et par conséquent ne permet pas de donner une réponse quantitative qui corresponde à la réalité », écrit le SNPNC, qui milite pour la reconnaissance de cette « maladie » baptisée « syndrome aérotoxique ».

Des études peu probantes

En juin 2015, l’EASA (European Aviation Safety Agency) a demandé à des chercheurs allemands d’enquêter sur la qualité de l’air de 60 vols commerciaux. Les travaux, qui sont toujours en cours, ont démarré quelques mois après l’action judiciaire lancée par le le syndicat britannique Unite contre plusieurs compagnies aériennes au nom de 17 membres d’équipage qui auraient été intoxiqués par les résidus présents dans l’air des cabines.

En France, c’est le Bureau de normalisation de l’aéronautique et de l’espace (BNAE) qui planche sur la question. Jusqu’ici, les travaux ne semblent avoir rien donné. « Avec des pharmaciens-chimistes, nous avons effectué des mesures et nous n’avons pas décelé de traces de phosphate de tricrésyle en cabine », explique Henri Marotte, directeur de la capacité de Médecine Aéronautique de Paris et spécialiste de la physiologie aérospatiale, en charge des travaux.

Cette conclusion est largement contestée par les personnes qui se plaignent de ce syndrome, et par les syndicats qui les défendent. « On nous demande de changer nos outils qui ne seraient pas assez sensibles, mais on ne sait pas faire autrement ; ces outils sont par ailleurs considérés comme efficaces », insiste Henri Marotte.

L’autre difficulté réside dans le large spectre de symptômes décrits par les membres du personnel naviguant. « Cela va de la nausée au sentiment de fatigue en passant par les troubles rénaux, rien n’est systématisé… Le syndrome neurotoxique, c’est la tarte à la crème de l’aviation occidentale », conclut Henri Marotte, qui se défend de « toute compromission avec les fabricants » : « J’ai fait modifier la pressurisation des cabines d’une grande compagnie européenne car la pression était trop élevée et faisait courir un risque sanitaire au personnel naviguant ; mais dans le cas du syndrome neurotoxique, aucune donnée épidémiologique ne permet d’établir quoi que ce soit ».

L’amiante de l’aviation ?

Citée par le JDD, l’avocate du plaignant, l’ancienne juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, chargée notamment de l’instruction de l’affaire de l’amiante en France, estime que « le lien de causalité est toujours très difficile à prouver. Mais il faut se souvenir que les industriels de l’amiante ont nié pendant des années les risques. On sait aujourd’hui que cet isolant a fait des centaines de milliers de morts ou de malades… Seule une enquête pénale permettra d’obtenir les prélèvements impossibles à obtenir ».

 

Article de Marion Guérin

 

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