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Tour d’horizon sur les Bandes Dessinées africaines

Nos coups de coeur

Les Bandes Dessinées en Afrique noire

Les livres d’Art qui traitent de la bande dessinée, présentant à la fois des reproductions africaines et un contenu éditorial de qualité, sont rares. D’autre part, plusieurs occidentaux ont pris le temps de représenter l’Afrique noire au coeur de leurs oeuvres mais on reste toujours sur notre soif pour diverses raisons. La plupart du temps, ces représentations sont jugées erronées, inapropriées, trop sarcastiques et parfois géniales, justes et fabuleuses. 

La bande dessinée (communément raccourci en BD ou bédé) est une forme d’expression artistique, souvent désignée comme le « neuvième art », utilisant une juxtaposition de dessins (ou d’autres types d’images fixes, mais pas uniquement photographiques), articulés en séquences narratives et le plus souvent accompagnés de textes (narrations, dialogues, onomatopées).

« Pendant la colonisation française, et après les indépendances (1960), dans la plupart des collèges du Cameroun, de Centrafrique, du Congo Brazzaville et du Gabon, l’apprentissage de l’histoire commençait par l’histoire de France, avec le célèbre «Nos ancêtres les gaulois…», dont l’aboutissement, au niveau bande dessinée, a été un engouement certain pour la lecture d’Astérix le Gaulois, la célèbre bande dessinée de Goscinny et Uderzo parue en 1962.

Parallèlement, les enfants riches du Congo Léopoldville (appelé plus tard Congo Kinshasa, puis Zaïre, enfin Congo Démocratique) se délectaient des aventures de Tintin, notamment de Tintin au Congo qui mettait en avant le fait colonial Belge en Afrique Centrale. Cet album, le premier qui se passe dans une Afrique “réelle” (rien à vois avec le Tarzan d’Edgar Rice Borrough) n’est sans doute pas étranger à l’engouement des congolais pour la bande dessinée.

Le Congo ex-Belge est la première terre productrice de bandes dessinées en Afrique Centrale, aussi bien au niveau diachronique que du point de vue des productions. La bande dessinée y a débuté au début des années 1940, par la création de petits journaux illustrés par les missionnaires belges des Editions Saint-Paul de Léopoldville (Kinshasa). Et dès les années 50, des auteurs Congolais se sont fait connaître dans l’illustré Jeunes pour jeunes, tels le futur romancier Achille Ngoye (publié au Serpent à plumes, Paris), qui est véritablement le père de la BD congolaise au niveau scénario. L’éditeur était toujours les Editions Saint-Paul, de Kinshasa. Des dessinateurs lui ont emboîté le pas, tels que le vieux Mfumu Eto, dont les BD sont écrites en Lingala, » relate l’auteur Christophe NGALLE EDIMO aucours d’une interview de Laura Colombo .

A travers le support de la bande dessinée, l’art met en évidence le talent des plumes africaines mais aussi internationales et ceci ouvre la voie aux nouveaux auteurs qui essaient de conter leur Afrique chérie. La rédaction de TROPICS Magazine vous propose donc de faire un tour d’horizon non exhaustif de quelques grands classiques que tous les fans de BD devraient collectionner.

 

Top 10 Bandes Dessinées sur l’Afrique noire

 

Yasuke ou l'histoire d'un esclave africain devenu samouraï

Yasuke ou l’histoire d’un esclave africain devenu samouraï

1/ Yasuke ou l’histoire d’un esclave africain devenu samouraï

Né sur les terres africaines vit un garçon qui n’a pas de nom. Il porte une marque sur son dos comme les bêtes et vit à l’écart des hommes.

Un jour, espérant devenir un homme comme les autres avec une identité, le jeune homme part d’Afrique en bateau à la conquête du vaste monde.

Après des années de navigation, l’équipage débarque dans un pays inconnu : le Japon. Le jeune homme est alors accueilli par le puissant seigneur Oda Nobunaga, qui le prend sous sa protection.

« Ce seigneur de guerre, qui n’avait encore jamais vu d’homme à la peau sombre, fut très impressionné par les qualités physiques du garçon et par la droiture de son regard ».

Formé par un maître d’armes, notre jeune héros deviendra un combattant d’exception et sera nommé samouraï par son protecteur, « le seul samouraï noir ayant existé ». Il s’appellera Yasuke.

Voyage démarrant au pied du Kilimandjaro, la plus haute montagne d’Afrique et se clôturant sur le mont Fudji, la plus haute montagne du Japon, dans une symétrie totale, Yasuke, inspiré de la légende de Kuru-san Yasuke, est le beau récit initiatique d’un jeune garçon qui cherche un nom.

 

2/ Les Éthiopiques – Corto Maltese, tome 2

« Murs blancs calcinés par le soleil, buissons de figues de barbarie, minarets et scorpions, chameaux immobiles sous le soleil et mitrailleuses prêtes à briser le silence. Et une ville aux églises renversées. L’Ethiopie. Il y a des choses mystérieuses dans ce pays dit Corto Maltese à Cush. Corto est ironique, Cush est intégriste. Corto incarne l’Occident, Cush, le guerrier Danakil, l’Afrique, mais l’écart n’est pas net. Pratt les confronte, mais au fond il mélange et confond leurs caractères. Ils voyagent ensemble dans le désert, sans se soucier de la chaleur et des scorpions, discutent du meilleur moment pour boire le thé et combattent côte à côte. Il y a beaucoup de triptyques en Ethiopie, dit Jean-Claude Guilbert, les grands, on les met dans les églises, les moyens, dans des sacs, les petits, dans sa poche. Dans Les Ethiopiques, culture, nature et aventure forment le triptyque de pierre sur lequel se fondent les aventures de Corto. Tout le reste n’est que magie  »

 

Les esclaves oubliés de Tromelin de Sylvain Savoia

Les esclaves oubliés de Tromelin de Sylvain Savoia

3/ Les esclaves oubliés de Tromelin de Sylvain Savoia

DupuisLa reconstitution de l’histoire du terrible naufrage d’un navire négrier du XVIIIème siècle.

C’est une île perdue au milieu de nulle part (en fait, elle est dans l’océan Indien à 500 km de La Réunion et à peu près autant de Madagascar), pas très grande (1,7 km de long et 700 m de large) et balayée par les vents et les tempêtes (7 m d’altitude au maximum).

En 1761, un trois-mâts français, « l’Utile », pratiquant la traite y fit naufrage et abandonna « sa cargaison » d’esclaves qui restèrent pendant 15 ans sans secours et dans le dénuement total.

Les esclaves oubliés de l’île Tromelin de Savoia est en fait un double récit : celui sous la forme d’un reportage dessiné d’une expédition archéologique française à laquelle pris part l’auteur en 2006, et celui de la vie des naufragés qui pendant de longues années durent lutter pour survivre dans un environnement hostile.

 

4/ Baden Powell, tome 2

Ainsi qu’indiqué en tête de la réédition de 1981, « la présente biographie a paru dans l’hebdomadaire Spirou de 1948 à 1950 (N° 549 à 636). Elle a été recueillie en un album unique en 1950 avec réédition en 1957 ».

La bande dessinée retrace la jeunesse de BP, depuis l’âge de 13 ans au collège de Chaterhouse, jusqu’à la bataille de Mafeking, en 1899 (BP a alors 42 ans).

Elle illustre notamment son sens de la débrouillardise au collège, ses vacances en mer avec son frère aîné Warington, ses débuts dans l’armée en Inde, le théâtre amateur, ses missions d’observation et de renseignement en Inde, en Afrique du Sud, en Russie, dans les Dardanelles et à Malte. La deuxième partie est davantage centrée sur ses missions en Afrique noire : négociations avec les Ashantis d’Afrique occidentale, observation et combats contre les Zoulous d’Afrique du Sud, puis guerre contre les Boers au Transvaal.

Les dernières cases évoquent la naissance du scoutisme et sa rencontre savoureuse avec Miss Olave Saint Claire Soames.

 

La vie d'Ebène Duta d'Elyon's

La vie d’Ebène Duta d’Elyon’s

5/ La vie d’Ebène Duta d’Elyon’s

« Prener une cuillère à soupe de « ndem » [poisse], ajouter une pincée de quiproquos, remuer puis mélanger dans un demi-litre de « nguémè » [dèche]. Chauffer, et vous obtenez la vie d’Ebène Duta, le quotidien d’une jeune fille à la peau noire, qui vit à l’ étranger. »

Bienvenue dans l’univers coloré et frais d’Elyon’s !

Cette jeune bédéiste camerounaise met en scène les aventures ordinaires mais diablement réalistes de son héroïne Ebène, expatriée en Belgique, qui expérimente la vie loin de son pays natal.

Un personnage attachant, un ton humoristique et un vent de spontanéité. Une jolie découverte !

 

6/ Le Coquin de sort – Achille Talon, tome 18

Et hop, vive Achille Talon ! Un personnage, ce Talon. Il débarque sans crier gare un beau jour de 1963 dans les pages de l’hebdomadaire Pilote. Difficile de le louper, avec sa bedaine triomphante, son énorme nez, son gilet jaune vif à boutons rouges et son veston bleu. Achille Talon -Chichille pour les intimes- se fait surtout remarquer par sa faconde et son débit de parole inépuisable. Ses discours à rallonge et à tiroirs font gonfler les bulles jusqu’à l’excès, envahissent les cases et noient le lecteur sous un véritable déluge de mots et de phrases. Talon, c’est l’incarnation jusqu’à la caricature du bon bourgeois suffisant et content de lui, triomphant derrière les haies du jardin de son pavillon, en bisbille avec Lefuneste, son voisin atrabilaire. Il sort tout droit de l’imagination fertile de Michel Greg, disparu en octobre 1999. Un monstre sacré de la BD belge, auteur de scénarios pour de très nombreuses séries comme Bruno Brazil, Les Comanche, Spirou ou encore Modeste et Pompon.

 

Pas de visa pour Aïda, de Nadège Guilloud-Bazin

Pas de visa pour Aïda, de Nadège Guilloud-Bazin

7/ Pas de visa pour Aïda, de Nadège Guilloud-Bazin

C’est par le dessin que Nadège Guilloud-Bazin, grande amoureuse du Sénégal qu’elle découvre depuis plus de 15 ans, nous décrit les mésaventures de son amie Aïda, jeune professeur de français sénégalaise, dont le visa est refusé par l’Ambassade de France, alors même que toutes les démarches administratives avaient été effectuées.

 

 

8/ L’Algérie c’est beau comme l’Amérique, de Olivia Burton et Mahi Grand

D’Alger aux Aurès, un périple initiatique qui interroge avec sensibilité et tendresse la question des racines.

Que signifie être enfant de pieds-noirs ? Cela a-t-il un sens ? Quelle a été l’enfance de ma mère ? Qui étaient mes grands-parents ? Quel était leur existence dans les Aurès ? Comment accepter qu’on soit passé du mauvais côté de l’histoire ? Qu’on ait construit toute sa vie sur une injustice de fond ? Telles sont les questions que se pose Olivia.

Bercée depuis l’enfance par des souvenirs nostalgiques de l’Algérie française et des mots cryptés (OAS, fellaghas…) faisant remonter les blessures de la guerre, la jeune fille a toujours entendu parler de l’Algérie.

Mais en grandissant sa vision de carte postale explose. A l’université, les étudiants parlent des pieds-noirs comme d’exploiteurs racistes et même de tortionnaires. Olivia parvient difficilement à faire le lien entre ces descriptions et ses grands-parents.

Tiraillée entre la rage et la honte, les attaques extérieures et les membres de sa famille qui chantent au dessert Le chant des Africains (chant militaire de l’armée d’Afrique pendant la Seconde guerre mondiale repris pendant la guerre d’Algérie par les pieds-noirs partisans de l’Algérie française), l’héritage familial devient encombrant.

A la mort de sa grand-mère, elle découvre une cinquantaine de pages de notes et de souvenirs à son intention. C’est le déclic. L’Algérie, elle ne fait que l’imaginer depuis son enfance. Il est temps de s’y rendre. Armée d’un numéro de téléphone d’un contact sur place et d’une « bonne dose de culpabilité », la jeune femme s’envole pour le pays de ses ancêtres.

Parcourant Alger et l’arrière-pays dont Merouana et Oued el-Ma, elle retrouve les lieux décrits par sa grand-mère, récolte la mémoire des locaux et confronte le vécu de l’époque à la mythologie familiale. A la géographie nostalgique de son aïeule se substitue son « bout d’histoire algérienne », qui n’a pas grand chose à voir avec celle de sa tribu.

 

Kongo de Christian Perrissin et Tom Tirabosco

Kongo de Christian Perrissin et Tom Tirabosco

9/ Kongo de Christian Perrissin et Tom Tirabosco

Décidément, l’œuvre la plus connue de Joseph Conrad continue d’hanter les artistes contemporains.

Plus de 100 ans après sa publication, ce roman plein d’ambiguïté et de mystère continue d’intriguer.

Après les adaptations au cinéma de Francis Ford Coppola ou de Werner Herzog, pour ne citer qu’eux, c’est au tour de Christian Perrissin et Tom Tirabosco, deux auteurs de BD de remettre en scène les aventures de l’aventurier anglo-polonais.

Pour rendre compte du récit éprouvant de Josef Konrad Korzneniowski, le vrai nom de l’auteur, les deux dessinateurs ont opté pour un rendu en noir et blanc. Il fallait bien ça pour restituer l’atmosphère étouffante dans laquelle se retrouve très vite l’écrivain.

Employé comme officier de marine marchande par la Société Anonyme Belge pour le commerce du Haut-Congo, il se retrouve très vite au contact d’une société de braconniers et de commerçants véreux.

Au-delà de l’hostilité ambiante, c’est tout le système colonial qui lui paraît très vite insupportable.

Barbarie, pratiques esclavagistes, absence totale de droits humains : au lieu de faire l’expérience d’une mission civilisatrice, l’auteur se rend bien vite compte que Belges et Français réinventent à la fin du XIXe siècle un système auquel ils avaient voulu mettre fin quelques années plus tôt avec la fin de l’esclavage.

 

10/ Africa Dreams – ce bon monsieur Stanleyde Maryse et Jean-François Charles et Frédéric Bihel

CastermanLa série Africa Dreams, par sa précision historique et ses qualités graphiques, séduira tous les amoureux de l’histoire de l’Afrique et du Congo.

L’album Africa Dreams – ce bon monsieur Stanley commence un beau jour de 1903 par la visite d’un jeune journaliste Belge (curieuse d’ailleurs, la houppe de ce journaliste…) parti interviewer Stanley, âgé, handicapé, vivant ses derniers jours.

Prétexte à retracer ses aventures, nous plongeons au cœur de l’Afrique équatoriale en suivant le récit que fait l’explorateur de ses prouesses de conquistador des temps modernes.

Ce personnage est pour le moins complexe et vraiment peu sympathique. Né en Angleterre sous le nom de John Rowlands, véritable bâtard, considéré comme un rebut de la société britannique de l’époque, il est placé en maison de correction aux « méthodes pédagogiques » particulièrement violentes. Il s’enfuit et se retrouve à La Nouvelle-Orléans, où il prend dans des conditions peu claires le nom de Stanley.

Débrouillard à l’extrême, spécialiste de la survie, il fait la guerre de Sécession dans les rangs des sudistes, puis devient journaliste correspondant de guerre, retrouve Livingstone pour le compte de son journal et devient explorateur patenté.

 

 

A votre tour de partager les 10 BDs qui vous ont marqué pour la vie – A vos claviers!

 

(Références: Africa Vivre)

 

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