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« FEMMES-ICÔNES des médias » – Vénicia Guinot à l’ONUCA

Femmes africaines, vecteur de changement

Venicia Guinot, speech at the United Nations Regional Office of Central Africa

Le Bureau Régional des Nations Unies pour l’Afrique Centrale (UNOCA), sous la présidence de Mme Mireille Tushiminina (Gender Political Affairs Adviser au United Nations Regional Office for Central Africa – UNOCA) a réuni les 1er et 2 Novembre 2016 des femmes influentes et éditrices des médias de la sous-région à Douala afin de discuter avec celles-ci de la mise en place d’une plateforme sous-régionale de mise en œuvre de la résolution 1325 des Nations Unies et explorer, avec elles, leur contribution éventuelle à la promotion de ladite résolution en faveur des femmes.

La mondialisation en cours de la communication et l’introduction des nouvelles technologies de l’information donnent aux médias la possibilité d’apporter une contribution historique à la promotion de la femme. Ont prises part aux assises: Grace Mali de la République Démocratique du Congo (RDC), Clarence Yongo du Cameroun, Melissa Bendome du Gabon, Peace Hillary du Rwanda, Adeline Sede du Cameroun, Achta Saleh du Tchad,  et enfin Vénicia Guinot de la République du Congo (Brazzaville)

Cela étant, l’ensemble des médias – écrits, visuels, audio et électroniques – ne fournissent pas une représentation équilibrée de la diversité de la vie des femmes africaines du centre et de leur contribution à la société. La diffusion continuelle d’images négatives et dégradantes des femmes africaines, ainsi que l’inégalité entre les hommes et les femmes d’accès aux technologies de l’information fait partie des domaines critiques identifiés par le Programme d’action initialement adopté par la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, qui s’est tenue à Beijing en 1995. Le Programme d’action estime qu’il faudrait promouvoir l’autonomisation des femmes en développant leurs compétences techniques et leurs connaissances, ainsi qu’en améliorant leur accès aux technologies de l’information, ce qui renforcerait leur capacité à lutter contre les images négatives d’elles mêmes.

Retour sur la présentation de Vénicia Guinot (Publisher/Editrice-en-Chef chez TROPICS Magazine) et qui a élaboré en long et en large sur la thématique « A la recherche des “FEMMES- ICÔNES” dans les médias africains » (focus sur le Congo-Brazza) à travers un éditorial que vous pourriez consulter ci-dessous: 

 

 

Mesdames et Messieurs les Représentants du Bureau Régional des Nations Unies pour l’Afrique Centrale – UNOCA,

Distingués invités et collègues des médias,

 

La place des femmes dans les médias demeure une question d’actualité sur le continent comme à l’international, et encore plus aujourd’hui, le débat est relancé de différentes manières sur les réseaux sociaux et continue de faire couler beaucoup d’encre. On entend souvent dire dans les médias “mainstream” que l’Afrique est le continent de tous les malheurs, car autant d’événements continuent de contribuer à la mauvaise image en continu que peignent la radio, la télévision et une image dont les africains eux-mêmes veulent absolument se débarrasser. Quand bien même ces faits peuvent être encore vérifiés dans certains pays, il demeure important de se baser sur les avancées positives que font d’autres pays dans le souci d’améliorer la condition féminine et le bien-être de leur population en général.

En effet, selon l’IUP et l’ONU, il ressort qu’au niveau mondial, 715 femmes occupent des places de ministres, soit seulement 18 % du total. Seuls 30 pays comptent plus de 30 % de femmes dans leur gouvernement, dont le Cap-Vert, la Suède et la France. Au niveau des continents, l’Amérique reste la mieux classée avec 22,4 % de participation, alors que l’Europe et l’Afrique se classent respectivement secondes et troisièmes. Au total, 6 pays d’Afrique offrent la meilleure parité homme/femme dans les parlements. Il s’agit de 64% au Rwanda, 44% aux Seychelles, 43% au Sénégal, 42% en Afrique du Sud, 41% en Namibie et enfin 40% au Mozambique (40 %).

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A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Congo célébrée le 15 Août 2010, le chef de l’État congolais, son Excellence Monsieur Denis SASSOU NGUESSO prenait l’engagement de tout mettre en œuvre afin de faire voter une loi sur la parité, pour une représentativité équitable de la femme congolaise aux fonctions politiques, électives et administratives. Ces six dernières années, le Gouvernement congolais de Brazzaville a fait des droits des femmes une priorité de son action. Carte à l’appui, 8 femmes sur 38 Ministres ont acceptés des nominations à la tête des institutions gouvernementales congolaises et ensemble avec leurs pairs de la gente masculine, elles aiguillent sa politique. Elles sont respectivement les leaders des Ministères de l’Economie Forestière, de Tourisme et de Loisirs, du Plan, de la Statistique et de l’Intégration Régionale sans oublier le nouveau Ministère de la Jeunesse et de l’Education Civique. C’est en effet une grande première pour ce pays situé au coeur de l’Afrique et qui regorge d’une forêt dense et d’un fleuve qui constituent définitivement le poumon de la planète toute entière.

Force est de constater que rares sont les Chefs d’Etats et des Gouvernements qui accordent autant d’importance à la parité en politique, alors que l’Afrique se développerait trois fois plus vite si nos dirigeants accordaient encore plus de priorité à la parité et ce, dans tous les secteurs contribuant à la bonne marche de nos Etats respectifs. Si certaines figures iconiques à l’instar de Wangari Mutha Maathai, Ellen Johnson Sirleaf, Mama Winnie Madikizela Mandela, Nkosazana Dlamini-Zuma, Joyce Banda, Graca Machel, Miriam Makeba, Angélique Kidjo, Cécile Kyenge et leurs pairs se sont démarqués du lot, au point d’accéder à la magistrature, d’arracher le pouvoir ou la parole dans certaines circonstances, la force et le dynamisme des femmes dans les sphères de débat ne sont plus à démontrer car l’histoire aura à jamais retenu leur vaillance, leur bravoure et leur charisme jusqu’ici. Mais comme nous devons nous en tenir à la réalité sur le terrain et que les parcours respectifs de ces femmes que je viens d’évoquer ne représentent qu’une infime partie de la population africaine dans son ensemble, il est donc capital de souligner qu’autant de femmes peinent encore, aujourd’hui, à se frayer un chemin dans leur domaine de prédilection.

Oui, la parité demeure un long combat vers la liberté pour les femmes africaines, comme moi, qui prennent le flambeau des mains de ces doyennes et qui essaient, tant soit peu, de se frayer un chemin et de tirer leurs consoeurs vers la lumière. Une chose est sûre, le combat vient juste de commencer et la lueur d’espoir, c’est bien le fait de constater que de plus en plus d’hommes commencent à se rendre à l’évidence que conjuguer avec les femmes sur ce chemin d’avenir est une mission d’ordre cardinal pour nous assurer des lendemains meilleurs.

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En effet, c’est dans cette optique que s’inscrit cette rencontre et table ronde de ce 1er Novembre 2016 organisée sous l’initiative du Bureau Régional des Nations Unies en Afrique Centrale (UNOCA) et qui réunit des femmes de médias, des femmes d’actions multiformes, des leaders et des femmes battantes car le chemin vers la réussite est jonché d’épines. Je refuse de croire, à la différence de certaines de mes consoeurs, qu’entreprendre au féminin est deux fois plus difficile, surtout dans le contexte africain. Étant la preuve palpable de ce que la réussite représente pour une “self-made entrepreneur” de mon calibre sur le continent, je me rends compte au bout de six années que ma réussite ne dépend ni de mon origine, de ma race, de la couleur de ma peau et surtout pas de mon genre. Par contre, la réussite de toutes les femmes africaines dépend de leurs sacrifices au quotidien, de leur recherche constante de l’excellence, de leur optimisme, de leur dure labeur et enfin de leur foi en Dieu (pour celles qui sont croyantes). Telles sont les qualités qui m’ont poussé à travailler d’arrache-pieds en tant qu’Editrice-en-Chef, Publisher et Fondatrice de TROPICS Magazine, un media bilingue reconnu aujourd’hui comme le tout premier magazine Lifestyle bilingue jamais produit sur le continent et ce produit est finalement le fruit de toutes les réflexions menées par une femme à la tête d’une équipe éditoriale de 15 professionnels de médias dont 10 de ses membres sont des femmes. Au nom de toutes ces femmes, je prends la parole devant vous afin de pouvoir partager mon expérience dans ce secteur médiatique qui nous tient tous à coeur.

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Au bout de ces deux jours de travail, j’ose espérer que cette plateforme que nous comptons lancer visera davantage à faire reculer les inégalités, le sexisme, les violences faites à l’égard des femmes  et sans oublier les violences partout où elles persistent… Au nom de toute l’équipe éditoriale de TROPICS Magazine, au nom de mon pays d’origine, le Congo-Brazzaville, ainsi qu’en mon nom propre, je tiens à remercier l’ensemble du comité d’organisation de l’UNOCA pour l’ organisation de cette première table ronde à laquelle nous prenons part ainsi que tous les partenaires qui accompagneront sa réalisation car grâce à ces derniers, nous emboitons déjà le pas pour exposer la réalité des inégalités faites à l’égard des femmes, surtout dans des zones post-conflits comme en République Démocratique du Congo, et dont l’ampleur est trop souvent mise en doute ou dissimulée.

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Mesdames et Messieurs, on ne pourra jamais le dire assez. Les femmes sont bel et bien la lumière du monde et l’émergence du continent africain ne peut que passer par elles car les femmes sont simplement de grands acteurs de développement. Grâce à la mise en place et le lancement d’une plateforme médiatique influente dirigée par des femmes leaders des médias, l’Afrique centrale enverra ainsi un message fort à l’international en se rapprochant davantage des objectifs que se sont préalablement fixés les Nations Unis et en même temps, nous serions en train de briser les tabous et les “diktats” sur le genre qui sont des construits purement sociaux. Parler d’inégalité et de discrimination, c’est parler implicitement de pouvoir et c’est cette complexité  dans les rapports hommes/femmes qui nous pousse ici à faire une analyse nécessaire sur le genre. Parler développement c’est aussi garder les statistiques clefs de vue: la Banque Mondiale évoque un pourcentage total de 67% des heures de travail prestées par les femmes à travers le monde, ce qui n’est décidément pas un chiffre négligeable.

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Notre philosophie en tant que femmes de médias originaires d’Afrique centrale devrait donc nous amener à privilégier une approche participative visant à l’autonomie, l’autodétermination des femmes en priorité tout en tenant compte des populations défavorisées ou vulnérables et de leur accorder, enfin, un intérêt particulier et leur assurer une égalité croissante pour toutes les couches de la société. Ma foi, l’image de la femme dans le secteur médiatique doit changer et nous avons toutes une part de responsabilité importante à jouer dans ce combat pour pouvoir redresser la barre. Au niveau international, on dresse encore un portrait accablant qui expose la sous-représentation des femmes dans les médias à l’international. Jusqu’en 2015, les femmes ne représentaient que 24% de personnes dont il était question dans la presse, la radio et la télévision dans le monde. Au Rwanda, par exemple, un tiers des journalistes sont des femmes et moins d’une femme sur dix occupe un poste à responsabilité. Ce constat n’est pas spécifique au Rwanda mais pourrait – à quelques exceptions près – s’appliquer au reste de l’Afrique subsaharienne. Pour ce qui est du secteur médiatique, les femmes font des efforts en se démarquant dans la création d’entreprises, en lançant diverses plateformes médiatiques, mais il existe encore trop de présentatrices et animatrices de journaux, pour une poignée infime de rédactrices en chefs, d’éditrices en chefs ou de directrices de publications.

Et dans le contexte congolais de Brazzaville, les femmes représentent un fort pourcentage de personnes interviewées, entendues, vues ou lues (soit 45%) dans les médias locaux. Les femmes étant des révolutionnaires acceptent volontiers de donner leurs points de vue dans les médias sur des sujets de société variant entre le coût de la vie, les transports en commun, les droits de l’homme, le féminisme etc. Le pourcentage de femmes expertes comme moi demeure très faible (soit 3%) et les reportages qui renforcent les stéréotypes des genres sont encore faibles ( soit 6%), tandis que ceux qui les remettent en question sont autour de 10%. Les axes d’actions pour une feuille de route sont à déterminer dans l’augmentation de la participation et l’accès des femmes à l’expression et à la prise de décision dans et à travers les médias et les nouvelles technologies de la communication. Il s’agit de promouvoir une représentation équilibrée et non stéréotypée des femmes dans les médias pour atteindre ces grands objectifs, et de ce fait, les actions suivantes peuvent être menées en amont :

  • Sensibiliser les responsables des médias et Rédactrices en chefs sur la problématique de l’image des femmes dans les organes de presse;

  • Sensibiliser des journalistes organisés dans les syndicats, les réseaux ou encore des ONG de médias sur les objectifs de l’ONUCA;

  • Renforcer les capacités des responsables syndicaux, des Réseaux comme des ONG des médias sur le Statut de la femme et la révision de la Plateforme d’Action de Beijing+

  • Mener des plaidoyers ou lobbying auprès de nos États respectifs ainsi qu’au niveau régional voire international pour l’accomplissement de ces tâches. C’est en réalisant ce que je viens d’énumérer, que l’on pourra apporter des changements sur la problématique du genre dans les médias en Afrique centrale.

Le Congo Brazzaville compte une cinquantaine de journaux, moins de dix magazines spécialisés, environ une vingtaine de télévisions installées à Brazzaville et à Pointe-Noire, deux grandes villes du pays. Les stations de radio sont également une vingtaine à travers le pays. Les médias en ligne sont presque inexistants. Les raisons de toutes ces failles peuvent être d’ordre politique, administratif, sociologique ou culturel. Au Congo-Brazzaville, les hommes n’empêchent pas les femmes de travailler, de produire des émissions ou d’aller en reportage, ce qui est très louable. Les âges des présentateurs et des reporters à la télévision nationale congolaise varient entre 35 et 49 ans. Il y a au moins quatre journalistes en interne qui ont plus de 50 ans dans la présentation des journaux parlés alors qu’une nouvelle élite est en train d’émerger. Et, toute la vie publicitaire à la radio et à la télévision congolaise est à 90 % réalisée par des femmes.

En fin de compte, l’absence de leitmotiv encourageant davantage de femmes à innover, créer, se démarquer, le manque de modèles dans le secteur, le manque de rigueur dans le travail, l’influence des médias occidentaux, le manque de paix et de sentiment de stabilité politique, etc. constituent, de nos jours, autant de raisons pour que l’autocensure demeure de mise.

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Le temps est enfin venu pour les femmes de prendre la parole, d’arracher le micro pour qu’on les entende car les femmes des médias ne sont pas faites que pour traiter des sujets d’ordre social. Bien que la parité soit encore un long chemin à parcourir pour la majorité des pays du continent noir, il convient donc de célébrer toutes nos élites féminines qui se démarquent sur le continent et dans la diaspora africaine. C’est dans la même longueur d’ondes que s’inscrit mon combat pour un journalisme indépendant, libre et professionnel. Le TROPICS MEDIA GROUP que j’ai la charge de présider est parti d’un concept pour développer un média influent qui impacte positivement la vie des lecteurs africains ainsi que ceux de trois autres continents à savoir l’Europe, l’Amérique et l’Asie du sud-est. C’est la preuve palpable pour toutes celles qui souhaitent s’investir dans ce domaine que leur situation géographique importe un peu. Ce qui importe pour nous, professionnelles de médias, c’est bel et bien l’action au sens propre du terme.

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Que vive l’ère des femmes journalistes pragmatiques et déterminées qui traitent autant de politique que d’économie sans ambiguïté, de sport, d’ affaires, de politique et de lifestyle avec classe. Bienvenue dans l’ère des femmes qui président les réunions de rédactions. Que notre prochaine plateforme sous l’initiative de l’UNOCA établisse cet équilibre homme/femme tant souhaité afin qu’ensemble, nous marchions vers un journalisme plus “féminin”, plus authentique, plus diligent et plus efficace. Avec l’arrivée des nouvelles technologies, adoptons de nouveaux moyens de diffusion de l’information et faisons de ce secteur l’apanage des leaders féminines de demain.

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Individuellement, nos efforts sont minimes, ensemble nous déplacerons les montagnes.

 

 

VENICIA GUINOT (Publisher & Award-Winning Editor-in-Chief)

TROPICS MAGAZINE PAVING THE WAY FORWARD
WWW.TROPICS-MAGAZINE.COM 

 

 

 

 

 

 

venicia.guinot@tropics-magazine.com

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